Décrit en 1870 puis oublié des manuels d'anatomie, le rete ovarii vient d'être redécouvert par une équipe de Duke. Ce qu'ils ont trouvé pourrait éclairer c
Il y a des découvertes scientifiques qui viennent de nulle part. Et il y a celles, plus rares, qui consistent à redécouvrir quelque chose qu'on avait sous les yeux depuis plus d'un siècle, sans jamais vraiment le regarder. Le rete ovarii fait partie de cette deuxième catégorie.
Le rete ovarii a été décrit pour la première fois en 1870. On le retrouvait encore dans les premières éditions du Gray's Anatomy, ce grand classique de l'anatomie humaine. Puis, au fil des décennies, il a tout simplement disparu des manuels modernes. Classé comme un vestige embryonnaire sans fonction connue, il a fini par être quasiment oublié, y compris par une bonne partie de la communauté scientifique.
Ce n'est pourtant pas une structure anecdotique. On la retrouve chez de très nombreux mammifères : vaches, chats, moutons, cochons, chiens, singes, et bien sûr chez l'humain. Une telle conservation à travers l'évolution est en général un signal fort : quand une structure traverse des millions d'années sans disparaître, c'est rarement un hasard.
Entre 2022 et 2025, une équipe de l'université Duke, menée par la chercheuse Blanche Capel, a repris ce dossier à zéro. Leur travail le plus abouti, publié en mars 2025 dans la revue scientifique *eLife*, s'appuie sur de l'imagerie 3D et de l'analyse protéomique pour cartographier précisément cette structure chez la souris.
Ce qu'ils ont trouvé change assez radicalement la manière de voir les choses.
Le rete ovarii n'est pas une pièce unique, mais un système en trois parties. Les chercheurs ont identifié une partie interne à l'ovaire, une partie de connexion, et une partie externe qui encercle l'ovaire comme un fer à cheval.
Il transporte activement du liquide vers l'ovaire. En injectant un liquide fluorescent dans la partie externe de la structure, l'équipe a observé son déplacement progressif vers l'ovaire. Ce n'est donc pas un canal passif : la partie externe pousse activement de la matière vers l'organe, un peu comme un système de perfusion naturel.
Ce liquide contient des protéines actives. Une analyse plus poussée par spectrométrie de masse a révélé que ce liquide transporte des protéines sécrétées, dont certaines sont déjà connues pour influencer le fonctionnement ovarien.
La structure est richement innervée et vascularisée. Des fibres nerveuses et des vaisseaux sanguins entourent le rete ovarii, et les chercheurs ont même observé des connexions potentielles entre ces neurones et le muscle lisse qui enveloppe la structure, suggérant qu'elle pourrait se contracter sur commande pour expulser le liquide vers l'ovaire.
Une chercheuse impliquée dans l'étude a proposé une image parlante pour décrire cette architecture : celle d'une antenne, positionnée au-delà de l'ovaire, qui capterait des signaux venus du reste du corps.
Si cette structure sécrète activement des protéines qui influencent l'ovaire, la question qui se pose immédiatement est celle-ci : joue-t-elle un rôle dans la fertilité, ou dans certains troubles ovariens aujourd'hui mal expliqués ?
C'est exactement la piste que les chercheurs veulent maintenant explorer. Le rete ovarii pourrait potentiellement éclairer certains cas d'infertilité qui restent aujourd'hui sans cause identifiée. Les auteurs de l'étude vont jusqu'à proposer que cette structure soit formellement réintégrée dans la liste des organes de l'appareil reproducteur féminin, aux côtés des ovaires, des trompes et de l'utérus.
Il faut garder une certaine prudence méthodologique ici, et c'est important de le dire clairement : ce travail a été mené sur des souris, pas sur des humaines. La structure existe bien chez l'humain, et les grandes étapes de développement embryonnaire sont similaires entre les deux espèces, ce qui rend l'hypothèse d'un rôle comparable plausible. Mais rien ne remplace une confirmation directe chez l'humain.
Un chercheur externe à l'étude, cité par la revue *Science News*, a d'ailleurs rappelé une nuance essentielle : il faudrait encore démontrer un impact réel sur la fertilité si le rete ovarii était retiré ou bloqué, avant de pouvoir affirmer avec certitude son rôle fonctionnel. Autrement dit, on est face à une piste sérieuse et documentée, pas encore à une certitude clinique.
Ce qui est frappant dans cette histoire, ce n'est pas seulement la découverte en elle-même. C'est ce qu'elle dit sur l'état des connaissances autour du corps féminin. Une structure décrite il y a 150 ans, présente chez la quasi-totalité des mammifères, a pu être classée comme fonctionnellement inutile pendant des décennies, simplement faute d'avoir été suffisamment étudiée.
C'est un rappel utile : la physiologie féminine, même dans ses aspects les plus anatomiques, reste un champ de recherche actif, où des redécouvertes de cette ampleur sont encore possibles en 2025. Une bonne raison de continuer à suivre l'actualité scientifique sur le sujet, plutôt que de se fier à des connaissances qu'on pensait figées depuis longtemps.
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Source scientifique
Anbarci DN, McKey J, Levic DS, Bagnat M, Capel B. *Rediscovering the rete ovarii, a secreting auxiliary structure to the ovary.* eLife. 2025;13:RP96662. DOI : 10.7554/eLife.96662
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